Mardi 17 juin 2008 2 17 /06 /Juin /2008 11:37

Les mots. Ceux qui guérissent et qui renferment les plaies intimes. Ceux à qui l'éciture, dans son silence, ne peut donner vie si ce n'est en faisant appel à la pleine sonorité des voix.
Les maux. Ceux d'une Amérique embourbée dans son déni de la culture. Ceux qui hantent et angoissent les personnes les plus sensibles, des plus fameuses aux plus modestes.

Le cinéma de Joseph L. Mankiewicz

Chef-d'oeuvre :

The Barefoot Contessa / La comtesse aux pieds nus (USA, 1954) :

Homme aussi éclairé qu’il est cynique, Joseph L. Mankiewicz réalise dans The Barefoot Contessa le portrait dramatique d’Hollywood. Eclatée, la narration se partage entre trois hommes, trois caractères dont les différences donnent une image complémentaire et additionnée de Maria Vargas, star élue par le cinéma américain après sa découverte en Espagne et un succès au cinéma. Entre les flash-back qui relatent la rencontre de cette belle femme innocente avec le milieu du cinéma, son enterrement a lieu. Le décor et la position des personnages dans cet enterrement sont la clé d’entrée du charme de l’œuvre. La tombe de la défunte est ornée de sa statue sculptée dans un blanc nacré, témoin de sa candeur. Le corps molesté par une mère violente, par le cinéma qui en a fait un objet du désir, et par une mort affreuse, la statue de Maria Vargas surplombe les hommes présents à l’enterrement comme pour les dominer enfin et éternellement. La narration, empruntée par Joseph L. Mankiewicz à son propre frère, Hermann, pour son scénario de Citzien Kane, opère sur l’image de Maria un changement de focale, une multiplicité de point de vue. Pour chaque point de vue, le monde est perçu différemment. Dans cette fluctuation des percepts, Maria Vargas demeure immuable, imperturbablement douce et naïve. Le monde du cinéma, par lequel tout commence, mène l’actrice sincère à une mort inéluctable. Hollywood, que maudissait Mankiewicz, est la machine de la corruption. Harry Dawes, réalisateur ami de Maria Vargas interprété avec élégance par Humphrey Bogart, raconte à son producteur l’histoire de Faust. Le cinéma est le diable là où l’amour véritable se fait dieu. C’est dans le refus violent du diable pour le dieu que Maria Vargas, dans son élan innocent trouvera la mort. Le mélodrame efficace de Mankiewicz, pertinemment porté par une triple narration, est accompagné d’une musique de Mario Nascimbene et dont les accords subtils sont aussi émouvants que la blanche sculpture.

A voir absolument :

Suddenly, last summer / Soudain, l'été dernier (USA, 1959) :

Joseph L. Mankiewicz est de ces rares cinéastes à avoir expérimenté tous les genres, à s’être plié à différents codes, tout en conservant une même idée du cinéma. Entre le mélodrame de The barefoot comtessa et l’épopée de Cleopatra, Mankiewicz réalise un singulier objet aux apparences horrifiques avec Suddenly, Last Summer. Comptant au générique Elizabeth Taylor, Montgomery Clift et Katharine Hepburn, l’œuvre laisse présager un film comme évidemment classique. Or des films du cinéaste, Suddenly, Last Summer est peut-être le plus surprenant. L’étrangeté à laquelle les décors participent, sa folie ambiante qui s’imprègne jusque dans l’interprétation des acteurs (cf. Montgomery Clift) fait du film une œuvre intimement baroque. L’intrigue est celle d’une jeune et belle femme (Taylor) considérée comme folle par sa tante (Hepburn). Un médecin doué (Clift) est chargé par la tante d’effectuer sur la jeune femme une lobotomie. L’opération n’aura pas lieu, le médecin préférant à cette méthode médicale radicale un processus psychologique épulotique. Encore une fois chez Mankiewicz, comme dans People will talk, la parole est une vertu curative. Celui qui parle vrai est sain chez Mankiewicz, au même titre que son cinéma de la parole dévoile en finesse les maux d’Hollywood. D’étonnant dans ce film, ce n’est point cette seule propriété du discours mais bien l’horreur qu’il révèle. Les cris de Taylor sont les alarmes glaçantes qui tétanisent le spectateur. Cette tétanie renvoie directement à son époque. Le film date de la fin des années 50, années durant lesquelles le cinéma se voit bouleversé par un fait avéré au monde : les camps de concentration. Le traumatisme de Taylor ne semble être autre que celui du monde. Mankiewicz, en homme intelligent et en cinéaste doué, trouve dans le classique de son film le moyen de rendre compte du mal de son époque. Le génocide n’est pas explicite, c’est ainsi que le film demeurera très certainement efficace longtemps.

Sleuth / Le Limier (USA, 1970) :

Ultime film de Joseph L. Mankiewicz qui avait laissé le public avec deux de ses plus mauvais films : There was a crooked man (1970) et The Honey Pot (1967), Sleuth s’avère favorablement l’un de ses meilleurs. S’il est l’un des zénith de l’art de Mankiewicz c’est bien davantage que pour sa très intelligente trame narrative. Les retournements de situation audacieux, bien mieux agencé que dans The Honey Pot, s’entassent et s’accumulent jusqu’au crime cynique, note la plus acéré de tout le cinéma de Mankiewicz. Dans cette chute mortifère jusqu’au bas fonds de la fausse noblesse, le film dévoile une certaine accointance qui relie Mankiewicz à Kubrick. Il suffit notamment de voir le labyrinthe liminaire où se cache Laurence Olivier pour comprendre d’où Kubrick tient cette invention finale dans The Shining (USA, 1980). Summum de l’audace mankiewiczienne, le film-clôture de l’œuvre du cinéaste connote curieusement une très grande ouverture, tant que s’en est prophétique. Les tâches d’ombre de cette prophétie «apocalyptique» sont les automates qui jonchent le décor du film. Les yeux rivés sur les jeux perfides du film, le rire bruyant et résonnant qui répandent sur l’intrigue une étrange présence font de l’œuvre non plus un objet de regard mais un objet-regard. Le film nous observe bien davantage que nous l’observons. Le film se rit de notre complaisance à jouir des jeux pervers. L’éclat aveuglant de la réalité est déjà puissant, Mankiewicz le pressant. En général, c’est la télévision que met à mal le cinéaste en adaptant fort bien la pièce britannique d’Anthony Shaffer. La furtivité avec laquelle les automates s’insèrent entre deux dialogues nous rappelle à la présence de l’image. L’image n’est pas un objet de contemplation, elle est aussi dynamique que notre pensée. Pour le coup, nous sommes ceux qui sont regardés, nous sommes les objets, d’autant plus que la narration nous sublime. Un tel rapport n’existait plus depuis Ozu.

The ghost and Mrs Muir / L'aventure de Mme. Muir (USA, 1947) :

No way out / La Porte s'ouvre (USA, 1950) :



Par Flav43
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Mercredi 7 mai 2008 3 07 /05 /Mai /2008 12:35
Quelques jours/mois de retard encore, c'est le décalage qu'impose le cinéma. Voici donc, enfin, le Conseil des 10 de MARS 2008 :


Chefs-d'oeuvres

Jérémie Renier, Juliette Binoche et Charles Berling. MK2 Diffusion L'Heure d'été (France, 2007) d'Olivier Assayas : Cette cinétique de l'art, où les feuillets d'un cahier de croquis risquent d'être dispersés à travers le monde, nous rappelle la circulation du cinéma. (...) Parler de cinématographie avec tant de subtilité, dans un cinéma français qui, à trop être produit par la télévision, fait plus du téléfilm que du cinéma que d'art, est un exploit dont il faut saluer Assays et le musé d'Orsay.

The Barefoot contessa / La comtesse aux pieds nus (USA, 1954) de Joseph L. Mankiewicz : La narration, empruntée par Joseph L. Mankiewicz à son propre frère, Hermann, pour son scénario de «Citzien Kane», opère sur l’image de Maria un changement de focale, une multiplicité de point de vue. Pour chaque point de vue, le monde est vu différemment. Dans cette fluctuation des percepts, Maria Vargas demeure immuable, imperturbablement douce et naïve. Le monde du cinéma, par lequel tout commence, mène l’actrice sincère à une mort inéluctable. Hollywood, que maudissait Mankiewicz, est la machine de la corruption.

A voir absolument

Pilgrimage (USA, 1933) de John Ford : Le cinéaste encore relativement peu expérimenté, en vue des grands chefs-d’œuvre qu’il accomplira, emprunte tantôt à Griffith son art de la narration mélodramatique tantôt à Murnau sa maestria dans la composition de l’image. La rencontre de ces deux immenses cinéastes donnent au film les plus beaux gros-plans que Ford n’ait jamais réalisé.

The Quiet Man / L'Homme tranquille (USA, 1952) de John Ford : The Quiet Man a de génial qu’il unit élégamment la comédie que Ford se plaisait à exercer et la mélancolie qui le caractérise tant.

Denis Lavant. Sésame Films Capitaine Achab (France, 2007) de Philippe Ramos : La narration continuelle, qui pallie les creux sonores, rend quasi-inexistants les temps morts. Il n’y a pas l’once d’un ennui cherché, le mouvement du film, sa peur de la stagnation, engendre un curieux sentiment d’avancée perpétuelle, d’une odyssée. Cette odyssée s’ajuste de demi-teinte dans ses tons, de claire/obscure ambiguë, nous immiscent par ce biais dans le secret d’Achab.

Stage Fright / Le Grand alibi (USA, 1950) d'Alfred Hitchcock : L’introduction est classique mais on est bien dans un film d’Hitchcock. C’est la marque d’un grand cinéaste que de nous immiscer dans son art dès les premiers plans. Stage Fright n’est pas une œuvre commune d’Hitchcock. Outre le surprenant retournement final qui dévoile toute la facticité de l’aventure, c’est dans la double image de la féminité (objet de fascination du cinéaste) que le film entreprend sa singularité.

The ghost and Mrs Muir / L'Aventure de Mme. Muir (USA, 1948) de Joseph L. Mankiewicz : Tout le film enclos la féminité de l’héroïne, la faisant tantôt passer pour une écrivaine au ton masculin, tantôt pour une vieille fille au charme dévolu. La solitude d’une femme et l’emprisonnement de son charme est ce que la censure du «code Hayes» tend à produire et contre laquelle se débat le cinéma de Mankiewicz.

La Bête humaine (France, 1938) de Jean Renoir : Chacun ici est une bête sauvage incapable de vivre indépendant. L’industrialisation est la cause de ces maux. Renoir ploie les codes du réalisme poétique, ses brumes aveuglantes, pour les mettre au profit d’un monde qui s’évapore, d’une liberté d’existence qui se dilue au profit de la machine.

Suddenly, last summer / Soudain, l'été dernier (USA, 1959) de Joseph L. Mankiewicz : Les cris de Taylor sont les alarmes glaçantes qui tétanisent le spectateur. Cette tétanie renvoie directement à son époque. Le film date de la fin des années 50, années durant lesquelles le cinéma se voit bouleversé par un fait avéré au monde : les camps de concentration. Le traumatisme de Taylor ne semble être autre que celui du monde.

No country for old men / No country for old men - Non, ce pays c'est pas pour le vieil homme (USA, 2007) de Joel et Ethan Coen : A l'aube d'un certain cinéma américain, les frères Joel et Ethan Coen plongent leur art dans le crépuscule pour réaliser No country for old men. Aux éclairages flamboyants qui se diluent dans la scène du cimetière de She wore a yellow ribbon de John Ford, les Coen donnent l'échos d'un paysage désertique, moribond sur lequel se couche un soleil aux teintes diaprés.

Nouveauté du mois : LE PIRE FILM DE MARS :

Wee Willie Winky
/ La Mascotte du régiment (USA, 1937) de John Ford : C’est bien la faute du film, de préférer exploiter la drôlesse marketing de ses acteurs plutôt que la singularité du terrain, l’Inde, dans le cadre de l’œuvre fordienne. Et l’inertie du film ne cesse pas là, elle poursuit sa sclérose dans le manichéisme colonialiste. Les indiens sont soumis aux rangs de colonisés, de serviteurs ou de terroristes tandis que les britanniques occupent tout l’intérêt. S’indigner du pro-colonialisme de l’œuvre revient à omettre la pensée générale de l’Occident. Mais l’utilisation qui est faite de Temple n’a pas d’excuse, l’enfant réconcilie in fine les colons et les colonisés, son personnage attendrissant s’avérant l’horrible objet d’une réconciliation qui cache, l’Histoire le prouvera, la souffrance d’un peuple.

A bientôt pour le mois d'avril dans lequel j'ai eu la chance de voir, le plus grand film que le XXIème ait réalisé à cette heure...




Par Flav43 - Publié dans : Le Conseil des 10
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Jeudi 24 avril 2008 4 24 /04 /Avr /2008 12:35

Ainsi s'achèvent les rétrospéctives consacrées au français Alain Resnais, aux américains Joel et Ethan Coen et à l'immense John Ford, immense au moins par sa prolixe production. Dans cet article, nous n'aborderons que les trois premiers cinéastes, Ford méritant amplement un article à lui tout seul. C'est donc sur le formalisme, engagé ou fabuleux pour Resnais, cinéphile et absurde pour les Coen, que nous allons nous concentrer en l'occurrence.

http://www.bifi.fr/upload/bibliotheque/Image/espace%20patrimonial/ARTICLES/Muriel/ph-tournage-resnais.jpg

Chef-d'oeuvre :

Nuit et brouillard (France, 1955) : Nuit et brouillard, chef d’œuvre parmi l’Humanité, est une lamentation ultime pour l’altruisme, un monument absolu pour ne pas oublier cette période, un édifice à la mémoire, voué à l’intemporel.

A voir absolument :

 



 

A voir :




La Guerre est finie (France, 1966) : Plus que l’ironie qu’il sous-entend, quand la guerre sera-t-elle jamais fini ?, le titre nous dévoile le monde tel qu’il est une fois ses conflits terminés (entendons ceux de la seconde guerre mondiale et de la décolonisation). C’est un monde en malaise, un monde litigieux que Resnais perçoit.




Le Chant du Styrène (France, 1958) : De la drôlesse du film, seul est responsable le poème que Raymond Queneau a écrit spécialement pour l’œuvre. De la réalisation de Resnais on reconnait les travellings sinueux entre les canalisations et les mouvements de caméra joignant l’activité industrielle.

 

A voir à la rigueur :

Toute la mémoire du monde (France, 1956) : Dès les premiers plans, on peut saisir la volonté de Resnais de vouloir donner forme au mystère du lieu, à l’atmosphère étrange que dégage le monument. Mais, in fine, Jarre (le compositeur) nous ensevelit davantage qu’il ne nous enthousiasme. La grossièreté du son est d’autant plus désolante que la composition de l’image est magnifique.

Van Gogh (France, 1948) : L’abus d’effets dramatiques, comme la musique de Jacques Besse, emphase parfois la vie de Van Gogh, ajoutant au drame de l’homme un romantisme lyrique. Ce court-métrage liminaire de Resnais n’est pas tant l’édification de Van Gogh par son œuvre que l’exercice du drame par Resnais.

...

Réalisateur majeur du cinéma français, Alain Resnais sait faire du temps une matière maléable au service d'un art qui cisèle le flux temporel pour opérer un jeu de recollage très puissamment sensoriel.


http://www.dvdrama.com/imagescrit2/y/i/d/yiddishpolicemenunion_haut.jpg
Qu'en est-il maintenant des FRERES COEN ? Alors qu'est sorti sur les écrans français leur dernier film, et l'un de leur meilleur, l'Institut Lumière a trouvé bon de leur consacrer une rétrospective. L'idée est excellente pour le meilleur (Barton Fink, Fargo...) comme pour le pire (Intolerable Cruelty, The Ladykillers...).
La meilleure image qui puisse signifier le cinéma des Coen se trouve dans leur premier film : Blood Simple (1984). On y voit un homme contraint de creuser une tombe pour cacher le mari de sa maîtresse. C'est sur ce modèle du "creuser" que les Coen aborde leur cinéma. Chacune de leurs oeuvres, les plus inventives du moins, fouillent dans les tréfonds de l'Amérique les raisons de sa décadence. Un peu réac' ? C'est certain, le cinéma des frères Coen est assez réactionnaire. Ceci n'est pas un défaut en soi au cinéma, voyez John Ford. Mais il ne faut pas croire que cette tendance idéologique recèle un nationalisme. En effet, dans de nombreux films des Coen, l'on peut davantage contempler les calmes étendues de leur Russie natale que des Etats-Unis.

Chefs-d'oeuvre

Barton Fink (USA, 1991) : Barton Fink est un pamphlet contre le monstre économique et institutionnel de l’art. La peur de l’auteur face à la page blanche, est mise en forme par les Coen de façon sublime.

Fargo (USA, 1996) : Qu'est-ce que la noirceur ? (...) Les images du monde de «Fargo» abritent un mal rongeur qui tâchera la neige d’un sang criard.

A voir absolument

No country for old men (USA, 2007) : La révolution du numérique, à l'instar de celle que le monde produit en latence, menace un vieux cinéma, celui des grands horizons, celui des méchants mortels. En réaction à cette peur, et dans la coutume réactionnaire de leur cinéma, les frères Coen dépeignent des paysages aussi blafards qu'ils sont stériles et édifient avec Chigurh le tueur du cinéma le plus implacable et le plus terrifiant.

The Big Lebowski (USA, 1997) : The Big Lebowski est vraiment un inmancable de l'humour américain de par sa dérision complétement décalée qui rappelle Terry Gilliam en de nombreux points.

A voir

Blood Simple (USA, 1984) : Les Coen assignent leur goût pour l’absurde en préférant au réalisme des comportements, l’intuition du genre. Entamant leur cinéma avec cette œuvre, les Coen plongent totalement leur univers dans le chaos.

A voir à la rigueur

O'Brother Where art thou ? (USA, 2000) : On remarque à travers le film que ça lui va mieux de ne pas se prendre au sérieux.

Intolerable Cruelty (USA, 2002) : Le cynisme classique dont font montre les auteurs renvoyait Intolerable Cruelty aux références du cinéma américain. Mais cet ingérable happy-ending écroule le film, ébranle même la cohérence du cinéma coenien.


Inutile de se déranger

The Ladykillers (USA, 2003) : The Ladykillers se concentre sur cette confrontation entre vieille génération, incarnée par la vieille dame pieuse, et jeune génération, incarnée par le jeune footballeur américain et le rappeur injurieux. La confrontation, amèrement nonchalante, est représentée par des mouvements outrageusement mécaniques de la caméra, accordée par des dialogues aux réparties circonspectes, au ton sclérosé.

The Hudsucker Proxy (1994) : Le formalisme méticuleux ne suffit pas à contenir la corruption des Coen par le système hollywoodien. Et cette corruption est d’autant plus extraordinaire que le film précédent des cinéastes, Barton Fink donc, dénonce la perte de l’art dans le système de l’industrie artistique.

Voila pour ces rétrospectives. A venir un article sur John Ford, revenant sur tous les films que l'Institut Lumière nous a donné la chance de voir.
Mais en attendant, réjouissons-nous des prochaines rétrospectives à venir, après celles de Johnnie To et de Joseph L. Mankiewicz. Seront à l'honneur : John Boorman (Le point de non-retour, Excalibur, Délivrance, Le Tailleur de Panama...), Quentin Tarantino (avec en plus de l'intégrale de ses réalisateurs True Romance, Une nuit en enfer et Planète Terreur-Un film Grindhouse). Entre autres, et en parallèle à sa présidence au 61ème Festival de Cannes, les deux premiers de Sean Penn seront projetés à l'Institut (Crossing guard et The Pledge). On peut penser à une venue du cinéaste. Et enfin, est à l'honneur pour cette fin de saison le grand Marcel Carné dont une très grande majorité de ses films seront projetés (des plus connus avec Jacques Prévert Hôtel du Nord, Drôle de drame, Les enfants du Paradis, Les Visiteurs du soir, Le jour se lève... aux moins populaires L'Air de Paris, Trois chambres à Manhattan...). Bonne touche finale pour une saison qui s'est révélée décidemment très américaines mais non moins fournis en Mystères d'outre-tombe (Misterios de ultratumba, film mexicain sonore en noir et blanc datant de 1959 réalisé par Fernando Mendez).




Par Flav43 - Publié dans : Rétrospectives 11/2007-01/2008
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Mercredi 2 avril 2008 3 02 /04 /Avr /2008 11:49

Avec un bon mois de retard, voici les dix meilleurs films que j'ai eu la chance de découvrir ou redécouvrie en FEVRIER 2008 :

Chef d'oeuvre :

20th Century Fox Barton Fink (USA, 1991) de Joel et Ethan Coen : Les Coen atteignent dans ce film le paroxysme de leur esthétique. Même encore No country for old men n’a pas atteint une telle beauté du mouvement.

A voir absolument :

Muriel ou le temps d'un retour (France, 1963) d'Alain Resnais : On peut y discerner une influence renoirienne dans la dénonciation du théâtre de la bourgeoisie aveugle. La mise en situation des repas dans une salle à manger encadrée de rideaux finit de bâtir la cécité de la bourgeoisie sur la guerre d’Algérie.

John Wayne et John Agar. Collection Christophe L. She wore a yellow ribbon / La Charge héroïque (USA, 1950) de John Ford : She wore a yellow ribbon, derrière ses attributs fordiens, déploie le crépuscule enfouis jusqu’ici dans l’œuvre du cinéaste.

L'amour à mort (France, 1984) : Autre que la mort, il y a l’amour dans ce film. Et cette terrible accointance qu’elle lit avec la mort en fait une émotion passionnelle. Cette passion est réfléchie, discutée, vécue et subie, tout cela dans des intervalles, dans des seynettes entrecoupées par ces cartons mystérieux.

Les Films du Losange Festen (Danemark, 1998) de Thomas Vinterberg : Dans ce «théâtre de l’absurde et de l’horreur», Vinterberg filme l’intrigue en suivant la charte du Dogme. Les plans sont pour la plupart si dénué d’artifices qu’il nous semble assister à une vidéo de famille. La caméra s’insère au cœur même des évènements. Vinterberg ne nous considère pas comme spectateur du séjour mais tend à nous en rendre acteur.

Paths of glory / Les Sentiers de la gloire (USA, 19) de Stanley Kubrick : Dans Dr. Strangelove, Kubrick fait de la guerre froide une bouffonnerie pathétique, dans Full Metal Jacket, il en fait une absurdité nihiliste. Dans Paths of glory, il s’agit d’une farce dramatique.

Tony Leung Chiu Wai et Tang Wei. Focus Features Se, jie / Lust, caution (Chine, 2008) d'Ang Lee : Les entrelacements érotiques traduisent la communion des deux, la réunification d’une Chine arrachée par le Japon. Mais l’union n’est toujours qu’un prétexte, elle est une règle à part entière de l’espionnage menée par Wong. La tension de chaque instant rend le jeu de l’infiltration plus palpable au fil du film.

 

André Dussollier et Laura Morante. Mars Distribution Coeurs (France, 2006) d'Alain Resnais : Plutôt que d’aborder une intrigue amoureuse, à l’instar de la pièce de théâtre, Resnais réalise son film en centrant ses formes sur la duplicité motrice des âmes. Le génie de Resnais, celui de moduler son langage formel au profit du récit, franchis là un sommet que seules quelques une de ses œuvres avaient atteint.

Carlotta Films Chichi ariki / Il était un père (Japon, 1942) de Yasujirô Ozu : La mort du père, hormis par ses atouts émotifs, s’aborde comme la victoire du temps sur les rapports familiaux. En ceci, Chichi ariki rejoint le magnifique Tokyô monogatari, par cette puissance hégémonique du temps sur le quotidien.

KMBO La Antena / Telepolis (Argentine, 2008) d'Esteban Sapir : Les effets naïfs contiennent la mélancolie d’un cinéma révolu et insuffle au film tout son charme poétique.



Par Flav43 - Publié dans : Le Conseil des 10
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Mercredi 27 février 2008 3 27 /02 /Fév /2008 13:23

Alain Resnais, Joel et Ethan Coen et enfin John Ford s'apprêtent à laisser la place de l'Institut à, des non moins grands, Jospeh L. Mankiewicz, Johnnie To et un stage sur Kenji Mizoguchi animé par Jean Douchet.

Plutôt que de couvrir le blog de textes et d'avis d'appréhension sur chacun de ces cinéastes, mieux vaut vous laisser voir par vous même quelques extraits et bandes-annonces des films, en l'occurence un film de Johnnie To :

Je vous laisse avec ces Images (film sonore américain en couleur de 1972 réalisé par Robert Altman).



Par Flav43
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